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10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 13:52

Stubby pourrait être le héros d’un film de Walt Disney, tellement son destin est improbable. Il sera mieux que cela : le héros de toute une nation. Ses premiers pas, il les fait à New-Haven, ville du Connecticut. Pas très beau, court sur pattes, petit, ramassé, on ne connaît pas son pedigree. Quelques spécialistes de la gent canine pensent qu’il peut y avoir en lui un peu du terrier de Boston ; d’autres, lui trouvent quelques ressemblances avec un bull-terrier. C’est d’ailleurs ce que l’on peut lire dans sa nécrologie (1926). Mais peu importent ses origines. Elles n’en font pas sa valeur…

Stubby, chiot sans maître ni toit, erre entre le fleuve Quinnipiac et la baie de Long Island Sound, survit en faisant les poubelles, se glissant sous un carton pour se protéger du froid. Un jour de 1917, il se retrouve sur le campus de l’Université de Yale où défilent les hommes du 102e régiment de la 26e division d’infanterie qui vient d’être créée (22 août/Boston) suite à la déclaration de guerre des États-Unis à l’Empire allemand (6 avril).

Un soldat du nom de John Robert Conroy remarque le corniaud, aussi adorable que pathétique. Il le laisse entrer sur le campus où les soldats sont en formation et le nourrit. Stubby, c’est ainsi que son « protecteur » décide de l’appeler (en anglais « trapu »), se plaît tant qu’il revient régulièrement. Il regarde les Sammies manœuvrer, écoute attentivement les sonneries… Il est si attachant que lorsque le 102e est envoyé en France combattre les Allemands, John Robert le fait monter clandestinement à bord du cuirassier USS Minnesota. Stubby est rapidement découvert. Mais comme son maître lui a appris à saluer, le commandant tombe à son tour sous le charme du chien et l’autorise officiellement à suivre la division yankee sur le champ de bataille. Devenu la mascotte de l’unité, il participera à quatre offensives et à dix-sept batailles. Il subit pour la première fois l’épreuve du feu en février, dans le secteur de Soissons, où il sera sous les bombardements, jour et nuit, pendant plus d’un mois. Un mois plus tard (20 avril), lors d’une attaque pour reprendre Seicheprey (Meurthe-et-Moselle), il est blessé à la patte et à la poitrine par des éclats de grenade. Envoyé à l’arrière pour se faire soigner, ce chien aussi amusant que courageux, améliorera, par sa seule présence, le moral de ceux autour de lui (la bataille a fait 650 blessés américains). Une fois guéri, il retourne dans les tranchées. Il manquera une nouvelle fois de mourir suite à une attaque au gaz moutarde…

Stubby est chargé de multiples fonctions : doté d’une ouïe très fine et d’un flair efficace, il a appris à prévenir ses « camarades » de l’arrivée d’un obus ou d’attaques imminentes à l’ypérite ou autres gaz, réveille les sentinelles avant une offensive ennemie, retrouve des soldats blessés dans le no man’s land. Lors d’une patrouille dans le secteur de l’Argonne, il repère un espion allemand, bondit sur lui et permet son arrestation. Pour cet acte de bravoure, le voilà promu au grade de sergent par le commandant de la 102e DIUS, devenant le premier chien gradé de l’armée américaine (son maître n’est que caporal) !

Après la prise de Château-Thierry par les Américains, des femmes de la ville lui confectionnent un petit manteau en chamois sur lequel seront attachées ses nombreuses médailles. Une légende raconte qu’il sauva la vie d’une jeune fille à Paris qui allait être écrasée par une voiture.

De retour en Amérique, il devient une vraie célébrité. Il est en tête de nombreux défilés à travers tout le pays. Mascotte de l’équipe de football américain de l’université de Georgetown (où s’était inscrit son maître), pendant la mi-temps, on lui confie le ballon pour le plus grand plaisir des spectateurs. Membre à vie de l’American Légion, de la Croix Rouge ou encore du YMCA, il rencontre trois présidents : Woodrow Wilson, Calvin Coolidge et Warren G. Harding. Suprême honneur, le général John Pershing lui remet (1921) une médaille d’or au nom de l’Humane Education Society, ultime distinction qui s’ajoute à une longue liste de décorations ou médailles américaines et françaises. Pas le temps de prendre une retraite méritée : il meurt dans les bras de son maître de toujours (1926). Il avait environ 10 ans.

Lire « Les chiens de guerre, fidèles auxiliaires des Poilus », Bruno Rouyer, Éditions Gérard Louis.

Article initialement rédigé par Eric Estrada.

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