Voici l'introduction d'un roman que j'ai écrit en 2004 (jamais publié). Dites-moi ce que vous en pensez !
Les rayons de soleil traversaient joyeusement les
volets par l’ouverture en cœur ; les oiseaux gazouillaient, communiquant leur gaieté de vivre aux habitants du foyer. Il était presque sept heures, et j’étais en retard…
Je secouais mes fils profondément endormis. Martin était court vêtu, il faut dire que ces derniers jours ont
été pénibles à supporter, tant la chaleur était assommante. Je n’ai jamais aimé la décoration de sa chambre, trop raciste à mon goût. Et pour quelqu’un comme moi qui venait de loin, de la France
Celtique, c’était déplacé et déplaisant. Thomas quant à lui était encore au stade de l’enfance, les points de vue des adultes ne lui étaient pas encore distillés à coup de seringue hypodermique.
Je tenais particulièrement à ce que mon petit dernier garde l’esprit pur de toutes les bassesses du monde, tout en l’informant et lui donnant les meilleures armes pour s’y préparer et se
défendre.
Je m’étais
toujours trouvée laide et sans féminité. Ce handicap a fait que je me suis mariée tard mais surtout, que je suis devenue mère très tard. Mes fils ont quatorze et huit ans. J’ai eu Martin à
trente-neuf ans, Thomas à quarante-cinq. Ils étaient plus que mes enfants, ils étaient des miracles. Des dons du seigneur.
Mon mari
était déjà parti à la pêche, pour lui le lever du jour était un moment particulièrement magique et propice à l’apparition des poissons. C’était encore à moi de gérer les entrées et sorties des
locataires et visiteurs. Pas étonnement si j’avais fini par tout mettre à mon nom, vu que je tenais les comptes…Normalement le camping ouvrait à sept heures tapantes, mais ce matin je m’étais
laissée aller à la douceur des draps, à la volupté de la paresse…Vingt minutes d’attente ce n’était pas la mer à boire…Pour preuve, seule une voiture attendait l’ouverture des barrières. La
conductrice, une frêle fille aux cheveux courts simplement vêtue d’un short kaki et d’un tee-shirt marin, attendait sur le perron du bâtiment d’accueil. Elle tenait affectueusement son bébé, un
joli rouquin d’à peine quelques semaines, aux yeux noisette déjà pétillants. Je commençai par m’excuser, avant de la faire rentrer dans le hall. Elle n’était pas très bavarde, et semblait surtout
mal à l’aise. Je lui demandai les raisons de sa présence.
- Je crois qu’il vous reste des bungalows de libre, c’est moi qui vous ai appelé samedi dernier, pour cette formalité. Mes
parents paieront une partie des frais. Je louerai uniquement pour mon fils et moi…
L’enfant me
souriait, il était vraiment adorable, et pas sauvage pour un sou. J’osais demander à l’étrange demoiselle, tout en lui faisant remplir des papiers, le nom de son bambin.
- Gabriel.
Un prénom
qui lui seyait bien, il avait tout d’un ange. Le visage rond, la bouche charnue, les joues roses et fraîches, ses petites mèches cuivrées sur le haut de son front…Il fera sûrement des ravages
parmi la gent féminine dans quelques années. Il arrivait déjà me séduire.
Je
conduisis, en tant que passagère, la jeune femme dans ledit bungalow. Il se trouvait au bord du chemin principal, la végétation luxuriante en retrait les protégerait des regards indiscrets. Tout
ce que la demoiselle désirait. Elle gara sa 206 sur le côté. Je vis en descendant qu’elle frissonnait. Si elle souffrait du froid, elle avait nonobstant pris toutes les précautions nécessaires
pour le petit.
- Vous aurez des voisins en face, mais en général ils s’occupent de leurs affaires. Les « caravaniers » qui se
connaissent depuis des années sont plus loin. Ils prennent même plusieurs caravanes qu’ils louent en famille…
- Je connais ça. Mes grands-parents, oncles et tantes et des voisins se trouvaient ensemble dans le même périmètre. Je venais
passer mes vacances ici il n’y a pas si longtemps encore…Ce sont mes parents qui m’ont conseillé d’aller ici…(un silence) Remarquez c’est toujours mieux qu’un asile
psychiatrique…
Elle
afficha un pâle sourire.
- J’ai toujours adoré cette vie de gitan.
Que
s’était-il passé dans la tête de cette enfant qui visiblement avait subi déjà tant d’épreuves ? Elle avait l’air bien jeune…Et elle se trouvait seule avec ce bébé… Mais ma pudeur m’interdit
de m’immiscer plus loin dans son passé, son présent même je dirai…Avant de repartir à mon lieu de travail je crus bon d’ajouter.
- Votre plus proche voisin est un jeune indien. Il s’appelle Satya. Il a toujours coutume d’aller à la rencontre des nouveaux
arrivants donc ne soyez ni effrayée ni surprise de le voir aujourd’hui…
- Merci de me prévenir.
En général mes journées sont de l’ordinaire. Rester derrière un bureau constamment, à faire les comptes, trier papiers et
dossiers, lever la barrière n’avait rien d’excitant. C’est pourquoi le plus souvent on ne me trouve jamais là où je devrais être…Je m’invite parmi les vacanciers annuels, histoire de boire un
pastis et discuter, un temps béni où l’on revient s’oxygéner, oublier les contraintes de la vie administrative et urbaine. Je longe le chemin avec mon chien Zeus, un malinois couleur ébène, mon
fidèle compagnon. Parfois Zeus accompagne Martin quand ce dernier passe la tondeuse sur les terrains vacants ou entre les robustes habitations. En revanche je lui interdis de passer à côté des
tentes.
Donc cet
après-midi était semblable aux autres. Cela était rassurant d’un côté, dans la mesure où j’entendais le brouhaha venant du Bassin, des éclats de voix, des rires. Je les enviais parfois j’avoue.
Les maître-nageurs étant triés sur le volet, cela faisait une quinzaine d’années qu’aucun accident ne s’était déclaré. Une victoire pour moi.
Durant ma
ronde j’entendis des rires entrecoupés de cris. Ce n’était que deux jeunes filles qui batifolaient dans un pré voisin, jouxtant notre propriété. Je ne sais nullement d’où elles viennent. Si elles
sont résidentes du camping, ou sous la responsabilité d’un des résidents, elles se trouvaient en terrain privé. En revanche si elles sont de la famille du vieux Fernand, alors je ne risquais pas
une plainte de violation de propriété. C’était un des inconvénients de gérer un camping : j’étais responsable de tout, des résidents comme des invités, des installations comme des vendeurs
ambulants en passant par le moindre végétal ou le moindre animal domestique…
Sans
prétention j’étais en quelque sorte Dieu et le camping la Terre. Ce microcosme était sous ma direction.
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